Portrait. Roland Jourdain

par | 18. Nov 2019 | Portrait | 0 commentaires

Pour illustrer la raison d’être et les valeurs de Tactique, nous avons recherché un profil inspirant, porteur de tout ce que nous souhaitons faire de Tactique. Et c’est en Roland Jourdain que nous avons trouvé notre “numéro 10”. 

“Bilou”, pour les intimes, est navigateur.  Double vainqueur de la Route du Rhum, breton, évidemment, mais aussi à la tête de plusieurs projets entrepreneuriaux avec sa co-skipper (comme il l’appelle) Sophie Vercelletto. Ensemble, ils ont monté Kaïros – à la fois écurie de course au large et bureau d’étude sur les bio-composite – et le fonds de dotation Explore, incubateur pour les explorateurs du monde de demain … Portrait.

POUR EN SAVOIR PLUS SUR ROLAND JOURDAIN

Wikipédia

DÉCOUVREZ EXPLORE
we-explore.org

DÉCOUVREZ KAÏROS
kairos-jourdain.com

Tactique : Bonjour Roland, Merci de nous accueillir dans ton antre ! Alors, sportif ? Entrepreneurs, comment te décrirais-tu ?
Roland Jourdain : Comment est-ce que je me présente… Roland Jourdain, navigateur-gérant ? Je sais pas très bien comment me définir. Je me sens sportif… Je me sens entrepreneur… Je me sens juste vivant en fait. J’aime bien faire des choses, j’aime bien faire des choses avec des gens, je suis schizophrénique comme tout ceux qui s’ignorent. Je suis un animal très social et sociable, mais j’adore faire des courses en solitaire et j’adore être tranquille, tout seul. J’adore quand il y a des choses qui me sautent au nez, qu’on vient me faire découvrir des aventures, des innovations, des trucs. Et apprendre. 

Nous sommes installés dans la voilerie de Kaïros, ton entreprise. Peux-tu nous parler des deux métiers de Kaïros ?
Le premier métier de Kairos, c’est la gestion de projets sportifs de course au large, mes projets à l’origine. Aujourd’hui, on fait profiter de la structure à d’autres coureurs pour des courses comme la Route du Rhum, le Vendée Globe… Le deuxième pied du tabouret, c’est un Bureau d’Étude et de réalisation dans les biomatériaux et les biocomposites, pour trouver par les voies de la nature des matériaux alternatifs à la pétrochimie à base de fibres végétales et de résines issues de la biomasse. L’ADN de Kairos c’est l’innovation, le prototypage, la pré-série, l’essai-erreur, la preuve de concept…

“On se posait la question du rôle d’une entreprise dans la société. Du rôle de citoyen aussi.”

 Je crois savoir qu’il y a un troisième pied au tabouret, essentiel à sa stabilité. Il s’agit d’Explore.
Effectivement, ce n’est pas Kaïros, mais il nourrit Kaïros. Explore est le fonds de dotation que nous avons créé avec ma co-skipper, compagne et associée Sophie Vercelletto. On avait envie de faire quelque chose pour l’intérêt général. On se posait la question du rôle d’une entreprise dans la société. Du rôle de citoyen aussi. On se demandait ce que nous, nous pouvions faire. Et bien on peut facilement aider ! Explore, fonds de dotation pour les nouveaux explorateurs est né de cette idée là. Concrètement, c’est un incubateur de projets. On met à disposition nos lieux, nos ateliers, nos bureaux, notre matière grise, pour aider des projets tous liés au Développement Durable qui reposent eux aussi sur un tabouret : Comprendre, Innover et Sensibiliser. Comprendre que tous les écosystèmes sont liés, à partir de là innover technologiquement, techniquement, socialement, et surtout sensibiliser le plus grand nombre aux changements qui sont déjà là ! C’est là-dessus que repose notre philosophie d’entreprise. Ce tabouret est stable même si c’est une aventure permanente. 

À quel moment es-tu passé de sportif à entrepreneur ?
Je ne sais pas à quel moment je suis passé de sportif à entrepreneur ou d’entrepreneur à sportif. On a tous, dans la vie, une flamme pour quelque chose. Moi j’ai eu une chance incroyable : à l’adolescence, je me suis dit qu’il fallait que j’aille voir derrière la ligne d’horizon et j’ai trouvé le bateau et la compétition comme moyen pour le faire. Ce sport là m’a amené à apprendre à construire les bateaux, à les améliorer, à discuter avec une nébuleuse de gens très différents qui voulaient être les meilleurs dans leurs domaines, ou qui avaient une idée pour les autres. Voilà, ce sont les circonstances qui font le le sportif entrepreneur. 

“Quand on est sur un Vendée Globe, quelque soit le geste que vous faite est lié au travail de quelqu’un d’autre, lié à la relation de confiance que vous avez eu avec quelqu’un d’autre à un moment.” 

ïTu nous disais que tu adores être tranquille, tout seul ? Alors plutôt course en solo ou en équipage ?
Dans le fond de moi-même, je crois que j’ai un petit faible pour la course en solo, mais je crois que les courses en solitaire sont un très bon exemple de travail en équipe. Quand on est sur un Vendée Globe, tout seul là-bas loin dans le grand sud, quelque soit le geste que vous faite est lié au travail de quelqu’un d’autre, lié à la relation de confiance que vous avez eu avec quelqu’un d’autre à un moment.

Parcours d’entrepreneur 

Qu’est ce qui est le plus difficile : Prendre le départ de la route du Rhum ou monter une entreprise comme tu l’as fait ?
(Rire) Donnez nous du Rhum pendant des années ! C’est vrai, j’avoue : malgré tous les emmerdements qu’on peut vivre en courses au large, c’est beaucoup plus facile pour moi sur l’eau qu’à terre, mais je me soigne ! Et c’est pour ça que je ne le fais pas tout seul. Encore une fois j’ai ma co-équipière et co-skipper à terre, Sophie, et tout l’équipage Kaïros et Explore. Je n’aurais jamais été capable de faire ce qui existe là tout seul, mais jamais. Je peux ramener un bateau qui est abimé loin au large vers la terre, mais ma petite entreprise là qui va mal, tout seul, je suis nul, j’ai besoin des autres.

L’épreuve la plus complexe que tu aies traversés en tant qu’entrepreneur ?
Un coureur au large vit du sponsoring, et quand le sponsor s’en va du jour au lendemain, c’est comme une entreprise qui perdrait son unique client. C’est problématique, on peut le comprendre. C’est la baleine ou l’OFNI que l’on percute au large, la course s’arrête en une seconde. On l’a vécu. A posteriori, c’est une expérience intéressante et enrichissante. C’est se retrouver avec l’équipage et se dire “bon, les faits sont là. Qu’est ce qu’on sait faire ? Qu’est-ce qu’on veut faire ? Qu’est-ce qu’on peut faire ? ”.  Et finalement l’aventure a continué : ça nous a permis de mettre pignon sur rue sur les biocomposites, en disant « on y croit, on y va« , et de créer le fonds de dotation Explore. Ces expériences là, je ne les aurai pas vécus dans un autre contexte, et ça fait 15 ans maintenant. 

“Ma plus belle victoire d’entrepreneur, c’est qu’on soit là en train d’en causer“

Et ta plus belle victoire d’entrepreneur ?
La plus belle victoire d’entrepreneur, c’est comme le meilleur souvenir de course, c’est très difficile. Mais je dirais que la plus belle victoire, c’est qu’on soit ici en train d’en causer. Et que ça dure toujours. 

Quel va être votre prochain plus grand challenge entrepreneurial ?
Notre prochain plus grand challenge entrepreneurial va être de se lancer dans une nouvelle aventure : celle de la commercialisation et de la diffusion d’un plastique propre : recyclable et compostable qui peut-être utilisé dans un grand nombre d’applications. On va se lancer dans l’aventure, parce que le produit est trop beau. C’est un terrain vierge et une nouvelle plaine à gambader. 

Valeurs sportives et entrepreneuriat

Quelles sont les valeurs sportives qui te parlent le plus ?
Est-ce que c’est sportif ou est-ce que c’est humain… franchement je sais pas. C’est l’engagement, c’est la passion. C’est aller au bout du geste précis. Au bout du projet. Vouloir faire quelque chose bien. Marquer un but au foot, après avoir répété un scénario dans sa tête 1000 fois, du pied qui va aller dans le ballon, ça peut être magnifique. C’est ce qu’on en tire soi-même à l’intérieur qui est important. 

“C’est un sport de monter une entreprise ! (…) Un mix entre l’effort cardio super rapide, la course de fond, le triathlon et les sports collectifs. “

Quel sport est le plus semblable à l’entrepreneuriat ?
C’est un sport de monter une entreprise ! C’est même un sport ultra complet : un mix entre l’effort cardio super rapide, la course de fond, le triathlon et les sport co. Bien plus complet que celui qu’un sportif exerce dans juste son petit corps de métier ! Moi, monter une grande entreprise, avec des chaînes de production, une usine, etc. j’en suis incapable. Je n’en ai pas la condition physique et mentale ! (Rire)

Alors finalement, dans le sport comme dans le Business, l’important c’est de gagner ou de participer ?
Rire. Dans le sport de compétition, jouer pour ne pas gagner ça peut être lassant quand même. Il se trouve que la voile est un sport où sur une même ligne de départ on peut trouver des amateurs à côté d’ultra-professionnels. Chacun joue pour sa propre aventure et ça rend l’aventure globale encore plus belle pour tout le monde. Il faut être pragmatique, une entreprise pour survivre a besoin de gagner un peu de sous, donc a besoin d’être bonne dans son secteur. Si ce n’est d’être la première, être dans tous les cas dans un instant de performance qui lui permet de se développer. Mais quel intérêt a-t-on à être coureur pour gagner uniquement ? Ça revient à la question de ce que l’on a envie de faire quand on se lève le matin. Philosophiquement, c’est un vrai sujet. Qu’est ce qu’un entrepreneur veut faire de ce qu’il a créé ou de ce qu’il possède ? Veut-il être tout seul à la fin ou veut il se retourner et regardant toute l’énergie qu’il a généré autour de lui ? 

Bilou et Tactique

Tu t’adresses à des dirigeants de TPE/PME ou aux personnes qui les entourent.
Qu’as-tu envie de leur dire ?
Ensemble on est sur un joli paquebot ! En Bretagne, on a la chance d’être dans la région la plus entourée de côtes, 2500 km. On a cet entrecroisement entre le vert et le bleu, mais on a également l’échelle d’un labo où l’on peut changer beaucoup de choses, mettre un grand coup de ménage sur la table dans un contexte de mondialisation, d’extrême concurrence, de distorsion de pleins de choses… Et j’ai envie de dire, sans être creux, qu’ensemble on peut carrément être plus forts. Elle est passé l’époque, toute récente, où il y avait des spécialistes partout qui connaissaient bien un domaine précis. Maintenant la connaissance est globale et on a besoin d’être tous des savants, entre nous, de s’apporter pour inventer nos prochains business. On peut parle de business, mais on peut parler d’occupation, de vivre ensemble, de nouvelles pratiques. Je souhaite vraiment aux nouveaux entrepreneurs qu’ils soient de nouveaux explorateurs.

“Pour nous, les explorateurs du monde de demain, ce sont ceux qui vont nous faire vivre les uns avec les autres, et avec ce qu’il nous reste dans les cales du navire”

L’exploration semble être un sujet qui te tient à coeur !
Je ne crois plus à l’idée d’explorer pour aller chercher toujours plus de ressources, de richesses… Pour nous, les explorateurs du monde de demain, ce sont ceux qui vont nous faire vivre les uns avec les autres, et avec ce qu’il nous reste dans les cales du navire. La vraie exploration est là.  

Tu découvres Tactique aujourd’hui, qu’en penses-tu ?
On est vraiment ravi de cette mise à l’eau du navire Tactique. Je suis sur que l’on a plein de choses à faire ensemble, parce qu’il me semble qu’avec Tactique, nous avons cette même philosophie : celle de garder les écoutilles ouvertes. Parce que tout seul on est rien du tout. Ensemble, on est plus fort, on est mieux, et on rigole plus ! Je souhaite à Tactique de tracer un long sillage. Bon vent à tout l’équipage et on vous rejoindra le plus souvent possible, et le plus longtemps possible !

Avant de te laisser, nous ferais-tu l’honneur d’accepter d’être le parrain de cette première saison de Tactique ?
C’est une demande de parrainage en direct ! Le rouge de la confusion me monte aux joues, avec grand plaisir !

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